1531221064761

Sans surprises, les apparitions au complet de toutes les membres de la franchise lucrative à souhait Disney Princesses, de Blanche-Neige à Vaiana en passant par Anna de La Reine des neiges et sa sœur reine des glaces avaient déclenché l’enthousiasme hystérique des fans de l’usine aux grandes oreilles et autres enfants momentanément ressuscités. Depuis près d’une semaine, la suite du tout autant sous-estimé que défendu avec une admiration fervente, Les Mondes de Ralph, dévoilé il y a maintenant six ans, est projetée au cœur des salles obscures du pays de l’Oncle Sam. À la fois plébiscité par une majeure partie des critiques, et décrié par certains internautes, allant même jusqu’à le comparer au calamiteux (Le) Monde secret des Emojis, condamné à n’être rien de plus qu’une publicité délaissant son scénario pour brandir placements de produits à gogo, rachats intempestifs signés par Mickey à l’aube du siècle d’existence et références à ses classiques d’antan, brossant outrancièrement ses adeptes dans le sens du poil.

ralphheader

Poster promotionnel du film au Japon.

Si ses inévitables princesses – dépassant aujourd’hui la dizaine, tout en prenant en compte que certaines n’en sont d’ailleurs pas réellement et que leur présence parmi la franchise semble purement marketing (Mulan, par exemple) – ont connu un relooking, aussi bien en termes de graphisme pour coller davantage au chara-design ambiant des protagonistes de ce second volet, que de look, rappelant l’ère My Scene : certaines ont découvert les plaisirs coupables de la dépigmentation semble-t-il, à l’instar d’une Pocahontas, mais surtout d’une Tiana, de La Princesse et la Grenouille. En effet après s’être attiré une nouvelle polémique, le mastodonte du divertissement américain, principalement notoire pour sa place de taille dans le paysage du cinéma d’animation occidental a fini par céder face aux attaques d’une toile enflammée par l’éclaircissement soudain de son unique princesse noire, résigné à retravailler son design avant la sortie de Ralph 2.0. Si les princesses Disney n’ont en fait que deux scènes au cours de cet opus, ses bandes-annonces ayant largement donné un avant-goût de la première d’entre elles, n’apparaissant qu’environ cinq bonnes minutes seulement, leur présence représente une poule aux œufs d’or de choix : les poupées et autres figurines à l’effigie de leur nouveau look faisant d’ailleurs déjà leurs choux gras.

ws6xGON

Si pour beaucoup bon nombre d’entre elles incarnent un archétype de féminité rétrograde et caricaturale, érigeant la femme en potiche gracieuse laissant les manifestations de force et puissance à la gent masculine, c’est avec l’émergence de personnages comme Mérida (Rebelle) ou encore Vaiana (Vaiana : La Légende du bout du monde), Raiponce, et même Mulan il y a vingt ans que ce modèle s’avère opérer une mutation vers davantage d’indépendance et d’actions aux allures héroïques ces dernières années, jusqu’ici, plus souvent endossées par des protagonistes masculins. « Est-ce que les gens pensent que tous tes problèmes se sont réglés parce qu’un homme fort et puissant a surgi dans ta vie ? » lance une Raiponce sarcastique face à Vanellope von Schweetz, en plein interrogatoire, en vue de savoir si celle-ci correspond au profil type de la princesse nomenclaturée Walt Disney. C’est en usant de ce genre de railleries que Disney s’auto-parodie de nouveau, comme cela avait déjà été le cas par exemple, dans Il était une fois, dix ans plus tôt, sans pour autant susciter le niveau de jubilation atteint par la franchise Shrek et son troisième volet dans un traitement des princesses de contes de fées revisitées par l’animation, des plus jouissifs, en 2007. Si la contribution des héroïnes Disney cultes à ce Ralph 2.0 est proche du caméo, on s’amuse face à certaines répliques drôlement  épicées, notamment devant la perplexité de Vanellope face à Ariel, qui lui demande si comme elle, celle-ci a échangé sa voix contre une paire de jambes humaines, par exemple ; toutefois, c’est probablement la seconde apparition des princesses dans cette suite qui fera date. Dans une mise en scène à la fois insolite, délirante et cartoonesque, sur un condensé dynamique des thèmes musicaux des films dont elles sont issues signé Henry Jackman, après que Raiponce ait scandé son expression désormais fétiche « A Big Strong Man in Need of Rescuing », qu’elle et sa bande inversent le schéma longtemps recyclé, et dont plusieurs de ces héroïnes ont fait les frais. En plein périple, c’est cosplayé malgré lui en Blanche-Neige que Ralph est « libéré, délivré » par cette étonnante brochette de poupées 3D, et ramené à la sérénité des lèvres de Naveen puisque le film semble se situer dans un espace-temps aléatoire où l’allure iconique des « persos-clins-’d’œil » devance la quête de cohérence quant aux films antérieurs dont ils sont échappés. Pas sûr que ceux ayant censuré le remake live-action de La Belle et la Bête l’année dernière apprécient ce bisou. Mais quel pied de nez.

 

 

 

 

 

 

 

Lewis