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Qui a dit que Mariah Carey n’arpentait plus les studios d’enregistrement ricains ? La légende urbaine semble s’être répandue comme une traînée de poudre, depuis la parution il y a déjà quatre ans de l’injustement boudé, Me. I Am Mariah... The Elusive Chanteuse au printemps 2014, succès critique paru dans l’indifférence quasi-générale du public et desservi par une promotion plutôt chaotique. Le dernier coup de projecteur favorable aux activités musicales de Carey remonte au printemps 2013 avec #Beautiful, où la « bimbo-Castafiore » se dandinait dans une robe jaune en poussant des ultrasons. Premier single de cet opus mentionné plus tôt, qui ne s’est hélas pas sauvé du four, en véritable vedette d’un vaudeville épaulé par une maison de disques en roue libre, tentant tant bien que mal de défendre le quatorzième disque d’une chanteuse par le biais de plans particulièrement bordéliques.

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Mariah Carey, en toute théâtralité, photographiée par Jan Welters, en 2008.

Toutefois, la dernière exposition médiatique relativement efficace autour d’un opus de Carey remonte à près de dix ans, du temps de son demi-succès/demi-échec – à vous de choisir - Memoirs of an Imperfect Angel paru en 2009 et porté par des mid-tempos urbains, mais surtout des ballades mielleuses dont une reprise d’un classique de Foreigner (I Want To Know What Love Is) : un bal ouvert par un « middle finger » au rappeur sacralisé, Eminem, baptisé Obsessed. Néanmoins, c’est également l’époque où le personnage public qu’elle incarne – peut-être à son insu – est jugé de plus en plus caricatural. On se souvient de son cirque chez Canal+, au (Le) Grand Journal, soldé par des brimades de la part de Ruquier sur la taille de sa paire d’obus. La décennie suivante a bel et bien levé le rideau sur l’orchestre médiatique décidé à mettre en scène le déclin de la diva, relayant en masse de nombreux dérapages : prestations vocales faiblardes, playback pour cacher les dégâts de sa voix, body shaming quant à ses prises de poids, fashion faux pas tournés en ridicule, téléréalité, apologie d’une vie de princesse sous champagne & Cie ; là où certains s’adonnent à des tentatives de sauvetage, essayant de valoriser les bonnes surprises occasionnées : acrobaties vocales insoupçonnées, tantôt à Vegas, ou même à la capitale française, le temps d’un concert parisien en avril 2016, le tout, un tantinet snobé par les médias, occupés à diriger la satire d’une icône pop déchue.

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À l'iHeart Radio Music Festival en septembre 2018.

Caution, quinzième album de Mariah Carey paraît aujourd’hui, arrivera-t-il à se défendre et susciter suffisamment l’intérêt du public ? Quoiqu’il en soit, stratégie ou pas, l’opus coïncide avec l’envolée de la saison hivernale, rimant avec la résurrection annuelle de Carey grâce à son statut de reine de Noël, sacrée sur le rythme endiablé de l’hymne All I Want for Christmas is You et notamment la série de concerts à son effigie, qui passera d’ailleurs par Paris le mois prochain. Caution est un disque sans prétentions, timidement porté par dix pistes où Carey n’aspire visiblement pas à faire renaître la splendeur d’antan du chant mélismatique qui a fait sa renommée - sa voix de sifflet y est d’ailleurs particulièrement discrète -, là où Me. I Am Mariah... The Elusive Chanteuse avait su surprendre en proposant parfois des surprises vocales rappelant sa grande époque (notamment sur Cry. ou Heavenly (No Ways Tired / Can't Give Up Now) par exemple) : Caution n’a visiblement pas cette ambition. Fidèle à la couleur annoncée avant sa sortie, il est effectivement « fun et léger » aux tympans, la voix se dissipe quelquefois dans l’ombre des productions appliquées, des beats suaves et puissants, à la sauce R&B cuisinée par une Beyoncé depuis quelques disques par exemple. Si des mélodies à l’instar des singles GTFO ou With You peuvent rappeler le ton sensuellement lent d’un Memoirs of an Imperfect Angel, le sample du classique Crush On You, de la reine du rap US, Lil’ Kim, lors d’A No No surprend gaiement ; toutefois il semblerait que le pan instrumental emprunté par The Distance et Giving Me Life donnent à Caution un moment de lumière avant de conclure sur Portrait, chanson intimiste épurée où la voix de Carey – hélas, abîmée – est mise en lumière. Si Caution ne figurera probablement pas parmi les albums signées par la diva, ayant garanti la postérité à son héritage musical aidé par son fameux chant mélismatique qui a considérablement influencé, non loin derrière l’apport de Whitney Houston par exemple : il n’en reste pas moins appréciable grâce à sa production soignée, faisant baigner dans une ambiance à la fois urbaine, sensuelle et nocturne.

 

 

 

 

 

Lewis