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« Si je parle et qu’on ne m’entend pas : on fait [(ab)négation] de ma personne, de ce fait, je n’existe pas. »

Raymonde Hazan

2/11/ 2018 :

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« Ça n'existe PAS ! ! ! »

Par où commencer ? Je pense à l’anxiété, à l’hypersensibilité, à la dépression, à ces choses qui ne sont pas entendues, qui ne sont pas reconnues dans l’espace public, dans une société, une culture obnubilée par la norme, qu’elle agglutine de manière intempestive. Elle est omniprésente, elle semble être faite des hantises et fantasmes de ce monde. Elle s’applique à absolument tout, de notre manière de faire l’amour à la façon dont on lave nos mains, en passant par celle avec laquelle nous ingurgitons le soda qui barbote au sein de nos canettes. C’est l’histoire de la sempiternelle programmation des individus et de sa propension olympique à condamner ceux qui s’éloignent du commun, de l’ordinaire, ceux qui font peur, qui estompent les repères de la masse, qui sont distancés  de la façon habituelle de faire : de faire l’amour, de frotter les phalanges sales, d’aspirer la boisson gazeuse dégueulasse. Des « standards de ce qui est acceptable » - j’emprunte cette expression à une professeure américaine de yoga dont le nom m’échappe, une certaine Melissa si ma mémoire est bonne. Ce texte va être pris comme une merde de témoignage nomenclaturée Sophie Davant, Fréderic Lopez & Co. J’ai de nouveau atteint un état d’épuisement, tantôt je m’en sais capable, tantôt j’en explore des contrées que je m’ignorais, des chemins diffus, extrapolés, excroissances à l’aube des extrémités et de ce qui semblait paroxystique. Quelle supercherie. J’ai décidé de faire une pause dans mes études, j’en avais assez du remplissage, de « faire des études pour faire des études », masquant ce qui n’était même pas un embryon d’itinéraire. Me suis pointé à la pré-rentrée d’un master où je m’étais inscrit pour dire de faire un master, puis ai démasqué ma propre supercherie. J’oscille entre une baignade enivrante dans ce sur quoi j’ai tendance à capitaliser actuellement : ce qui me fait plaisir, mes goûts, ce qui me fait vibrer, ce qui ne me débecte pas, ne m’exténue pas, ne m’excède pas ; ainsi que de violentes prises de conscience, de violentes compréhensions sur ce qui s’apparente bel et bien à mes fonctionnements internes. Ai passé le plus clair de mon existence à jouer les bonnes poires pour minimiser le plus possible les chances d’être violenté par mes semblables. Le relationnel, du plus loin que je me souvienne, a représenté – et c’est toujours le cas – un processus particulièrement violent et fatigant, d’abord mentalement, puis physiquement. Ma dernière supercherie en date ? Sourire, rire aux éclats, pour masquer ce qui serait le reflet fidèle, extérieurement, de l’intériorité. Pour esquiver les phrases toutes faites, les « à ce point ? » & cie.

3/11/2018 :

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« ♫ here we go a-gaaain ♫ »

« Rebelote », nouvelle tentative. Il y a fréquemment un goût vain dans l’entreprise de transcrire à l’écrit le ressenti pour ma part, d’en faire le reflet extérieur, celui de l’intériorité. C’est un processus violent et couteux, nécessitant une énergie proportionnelle à l’envergure de l’immersion. Une énergie dont je ne brille pas toujours. J’ai du mal à expliquer les motivations de ma démarche, je suppose que cela est symbolique, une manière détournée et imaginée de brandir le « middle finger », d’extérioriser la colère qui me dévore. J’ai depuis, peut-être, le plus loin que je me souvienne, une sensibilité titanesque, allant de paire avec une anxiété, une angoisse, sachant se montrer exténuante. J’ai connu la violence de manière traumatogène – sans entrer dans certains détails -, ai connu le traumatisme. Au-delà de l’homosexualité, du rapport au genre, à la couleur de ma peau, à bon nombre de stéréotypes et autres saloperies : la paire évoquée plus tôt a peut-être été celle ayant pris le plus de place, ayant été la moins respectée, la plus piétinée. Dans ce monde obnubilée par la norme, les souffrances n’échappent pas à la règle : il y en aurait plus légitimes que d’autres, il y aurait comme une hiérarchie. Il y aurait cette idée que tout ce qui s’éloigne des standards serait forcément un problème, ou que cela ne pourrait tout simplement pas exister, être entendu, reconnu. Les individus s’en écartant peuvent ne pas être respectés – grand classique -, être niés dans ce qu’ils sont, voir leur identité niée. Constater la négation de leur personne. Cette violence ordinaire, minimisée pour ne pas être reconnue comme ce qu’elle est. Il y a cette idée que l’angoisse, l’anxiété, l’hypersensibilité constitueraient un art d’emmerder le monde, de jouer les drama queens. J’ai usé de mon empathie dévorante pour vous comprendre, pour voir le bien en vous quoiqu’il advienne sans qu’on m’en rende, souvent, le quart. J’ai tenté de jouer les commères acerbes pour déverser la revanche, avant que l’empathie reprenne le dessus. J’ai été adorable avec vous, je vous ai dorlotés, vous ai tant brossés dans le sens du poil, tellement, brossés dans le sens du poil. J’ai voulu que vous m’aimiez, j’ai voulu minimiser les chances d’être violenté par vos soins, en convoquant votre amour, votre approbation. J’ai joué les clowns hors-pair, à en croire mon public, j’étais bon pour prétendre au Marrakech du rire. Je vous ai tant donnés, et j’ai reçu si peu. Vous avez grignoté, vous vous êtes régalé, vous vous êtes délecté, je me suis peu nourri, je me suis senti peu nourri. Vous avez nié mes ressentis, vous avez trouvé bon nombre de stratagèmes pour ne pas entendre le miroir édifié, celui que j’ai tenté de mettre en œuvre, miroir de l’intériorité. Vous n’avez pas voulu entendre, vous avez trouvé cela si peu commun, vous n’avez pas trouvé cela habituel, alors vous avez brandi, scandé vos « normalement », vous les avez tant chéris, vous les avais hissés sur un piédestal. J’ai écouté les phrases toutes faites de certains psys, à les entendre j’étais une feuille administrative, il suffisait de combler des trous, c’était machinal. Il y avait cette fausseté, cette hypocrisie, comme si tout cela n’était que le fruit de formations, de ce qu’on leur avait dit de faire, quant à ce qui est considéré comme « convenable », « habituel », de faire,dans telles situations. Je me suis demandé où était la sincérité. J’ai très souvent l’impression d’avoir affaire à des robots quand il s’agit de mes semblables : l’idée qu’on puisse être conditionné, formaté à ce point. Au point que l’empathie, le bon sens, la bienveillance passent après l’importance accordée aux normes, comme si elles étaient l’objet d’un culte, d’une vénération pieuse. Que c’était elles les égéries d’une néo-religion polythéiste. On m’a taxé de « bisounours ». À plusieurs reprises. Je pense être lucide quant aux maux de ce monde, même si ces derniers savent se montrer astucieux, et se dissimuler habilement pour certains. On me taxera de « prétentieux », on m’attribuera un « égo de la taille du Brésil » - pour reprendre l’expression d’un internaute au sujet d’un célèbre Youtubeur. Je ne fais qu’un constat qui me semble être juste – à bon entendeur, tiens. Je suis épuisé. Epuisé à mi-temps dirais-je avec humour, pour alléger le tout, pour le déguiser, dissimuler la lourdeur. Epuisé de la négation. Epuisé de ne pas exister aux yeux de ceux qui pour moi campent les fous véritables – je me permets cette caricature. Epuisé de m’être montré si aimable, d’avoir été si aisé à vivre, d’avoir été gentil, d’avoir dit « merci », d’avoir fait des bisous – en clin d’œil au podcast de MadmoiZelle. J’ai gardé la terreur, j’ai eu l’habitude d’accorder l’emprise, des passations de pouvoir, mon corps a intériorisé, mon corps a fonctionné en fonction de cela, et c’est toujours le cas. Nombreux sont les jours étant le théâtre de tentatives de modifier mon système interne, de réinitialiser le logiciel. Je fonctionne dans le respect de l’ascendance. J’offre cette possibilité, je donne carte blanche, je rejoue à merveille le schéma. J’ai fait des mots de mes semblables des paroles saintes. Ça s’est entre autre soldé par des TOCS, la dépression, une dinguerie apparente où l’effrayant éloignement considérable des règles de vie en société. De ces manières communes, habituelles de faire, canonisées. La sérénade des cachets quotidiens, emmitouflés dans cette boîte orthodontiste. Je me souviens avoir prétexté d’en avoir oubliée une semblable, pour ainsi en obtenir une seconde – j’avais tout prévu. Je savais pénible de laisser vagabonder ces moitiés de gélules prescrites.  

7/11/2018 :

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« Ah-nianianianianianianiania »

Je tente de poursuivre : tout ce qui a été écrit avant cette ligne a été mis en mots avant ce que je suis entrain d’essayer de formuler. Je n’ai pas La Tourette, n’ai pas été violé, mais il semblerait que mes maux figurent dans un endroit de la hiérarchie cantonné au comique, aux comédies avec Dany Boon à la Supercondriaque, aux émotions anthropomorphisées de manière clownesque dans un Vice-Versa. Alors que beaucoup s’accordent à pleurer le pire, à l’heure des attentats et autres atrocités de ce monde – ce qui est très bien comme tel -, il paraît que ce sont fréquemment les mêmes, que ceux nichés derrière un « beaucoup s’accordent », qui minimisent tout aussi régulièrement ce qu’il y a avant le fameux « pire ». Ce qui tantôt le construit. Comme certains se suicident après une succession de maux considérés comme passables, pas légitimes pour prétendre à être entendus et respectés, de maux snobés dans la hiérarchie. À l’instar de la protagoniste de la série, tout aussi populaire que décriée 13 Reasons Why, même si l’on en vient à disparaître, même si l’on en vient après la mort, à tenter de responsabiliser les auteurs de ces maux, à les confronter à leurs agissements, a posteriori, la démarche se révèle vaine à plusieurs reprises : l’abnégation de sa personne n’a pas suffi à sensibiliser les responsables, à leur faire comprendre. J’ai aujourd’hui tendance à penser que c’est une aptitude rarissime et précieuse, qu’hélas, le plus souvent, de ce que j’ai pu observer, cela s’apparente à décrire une toile à un aveugle, que même en s’adonnant ambitieusement à l’exercice de l’ekphrasis, en rapprochant celui qui a perdu un sens de la représentation figurative : ce dernier ne sera jamais en mesure de la voir comme le voyant la perçoit. Ce texte va être pris pour une merde de litanie. Tant pis. Au moment où je rédige je ne suis pas sûr de le publier, les raisons de ma démarche restent un tantinet floues à mes yeux. Je persiste à penser qu’il s’agit d’un geste symbolique, que je tente tant bien que mal d’expliquer cet épuisement qui recroise couramment ma route. Je le sais légitime. Je sais qu’il n’est pas là par hasard, comme tout ressenti qui se respecte. Que ça n’est pas parce que ça diffère du commun, que ça ne peut pas exister. Que ça ne peut pas être entendu, respecté. Qu’est-ce que c’est d’ailleurs que le respect ? Ce énième terme qu’on rabâche à tout bout de champ parfois pour que le cours des choses aille à nouveau dans notre sens. J’ai consulté des dicos en ligne, plusieurs définitions ont parlé de considération accordée. Quand j’ai mal au ventre, quotidiennement quelquefois, que ma respiration abdominale est difficile, que formuler des phrases intelligibles finit par relever de l’effort. J’ai essayé, j’ai pris des longs instants pour tenter de vous faire entendre, de vous faire comprendre. J’ai parlé votre langue, ai utilisé des mots du dictionnaire. Il semblerait que vous soyez obnubilé par votre nombril, par votre manière de ressentir à un niveau sportif. On me dira pour la énième fois que je généralise. Pourtant c’est un constat, la majorité de mes relations ont été toxiques, non pas été épanouissantes d’une manière ou d’une autre. Pour faire court. Je me sais être une personne logique. On me taxera de nouveau de « prétentieux », tant pis. Je récupère la dignité sur laquelle on a propulsé ses crachats. Des lamas. Des lamas qui crachent. J’aime user de cette caricature pour m’alléger.

« Croyez-moi, si vous vous distinguez réellement des autres, vous serez persécuté. La vision du monde et de l’histoire dont on vous gave à l’école n’est rien d’autre que la propagande officielle. De la merde en barre. […] Pourquoi ? Pourquoi prétendre une chose pareille ? »

Rose McGowan, Debout, 2018

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« stay calm and s' [èèèèèèèèèèèèèèèèè-éééééééééééééééééééé-èèèèèèèèèèèèèèè-iii-y'èèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèè...] 'ne »

 

 

 

Lewis