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Britney Spears à la cérémonie des GLAAD Media Awards, en avril 2018.

C’est désormais une tradition qui s’ignore elle-même : la moindre halte de la chanteuse qui ne chante pas, sur le territoire français rime – souvent – avec l’occasion pour le public et la presse de s’adonner à un concert de jacassements des plus truculents.  Les dernières soirées parisiennes n’ont pas dérogé à la règle puisque Britney « Britney B**ch » Spears atterrissait sur le sol français pour la première fois depuis sept ans, après que ses pieux fans « frenchy » lui aient fait les yeux doux la suppliant de venir interpréter son spectacle Piece of me, tout droit expatrié de Vegas dans le cadre de son exportation à l’international. Prise de pitié, l’icône des années 90 puis, surtout 2000, drôlement sacralisée, avait fini par se résoudre à ajouter pas un, mais deux shows parisiens – « quelle générosité ! » à l’itinéraire de sa tournée. Après deux soirs à se trémousser sur la scène du désormais « AccorHotels Arena », la prestation de la Spears n’a une fois de plus pas laissé indifférent, et pour cause : à défaut de s’attirer une pluie d’éloges, celle-ci se voit depuis pointée du doigt par de nombreux médias lui reprochant sa prestation paresseuse et déconcertante, mais également par les internautes présents lors de ses convoités concerts, dont les places pour assister à la première date se sont vendues en un temps record – à raison de seulement quelques heures.

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Au moment de son dit « grand retour », dans Star Academy, en novembre 2008.

En effet, la toile foisonne de commentaires acerbes, notamment sur Twitter où une cybernaute invite ses confrères et consœurs à rejoindre son hashtag fraichement nommé « #DépressionPostBritney » après que l’un d’entre-deux ait comparé le spectacle de l’interprète de Baby One More Time à une prévention « contre les dangers de la drogue, l’alcool et les médicaments ». Ce n’est plus un secret pour personne – ou presque – Britney Spears est critiquée à chacune de ses récentes prestations scéniques pour son playback intempestif ; toutefois, contrairement à ce que veut la légende urbaine, la star n’a pas toujours eu, à ce point, recours à la technique. Avant qu’elle en fasse usage de façon systématique au point qu’une chanson chantée sur scène en direct de sa part relève du miracle – comme pour souhaiter un joyeux anniversaire à son garde du corps par exemple ou pour reprendre du Bonnie Raitt, chanteuse country au pays de l’Oncle Sam - ; la star des années 2000 chantait bien plus fréquemment en live à proprement parler, du temps de ses deux premiers disques. C’est réellement à l’heure de son troisième opus, baptisé tel un « ego trip », Britney, et la tournée l’ayant soutenu que ses prestations scéniques ont pris un tournant davantage athlétique au point qu’elle sente la nécessité d’être épaulée d’une bande son pour couvrir sa voix. Cependant à cette époque, le stratagème était encore usé dans une certaine volonté de duper le public, lui faisant croire que la voix qu’il entendait était bien celle de Britney chantant en direct, là où, à l’heure actuelle, les apparences ne trompent plus, bien que Spears tente tant bien que mal de se défendre, clamant mélanger sa voix au playback, pourtant le tout s’apparente plus à une duplication de son instrument en studio.

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Spears aux Billboard Music Awards en mai 2015.

Anciennement une excellente danseuse – bien que beaucoup aient tendance à l’oublier aujourd’hui -, la crédibilité de Spears en tant que bête de scène compensait son dénigrement accordé à ses performances vocales, d’ailleurs souvent raillées – n’est pas Christina Aguilera qui veut. Avant qu’on tourne en dérision les moulinets de bras robotiques, la raideur des hanches et des jambes d’une Britney post-comeback, la star incarnait un véritable phénomène de société : révélée à la toute fin des années 90, elle a connu un succès considérable dans la première moitié des années 2000 avant une spectaculaire descente aux enfers largement relayée par les médias. Fille spirituelle de Madonna ayant même chanté aux côtés d’un Jackson, son entourage professionnel a eu beau tenté de duper le public en ressuscitant son image de poupée Barbie clinquante et libidineuse après son année cauchemar en 2007, sa fragilité a rapidement, de nouveau fait surface, notamment durant l’ère Femme Fatale, avec comme figure de proue, une Britney mollassonne à souhait et désincarnée, après la perte manifeste de sa dextérité, déjà constatée durant son Circus Tour – un violent passage à vide, ainsi qu’un genou cassé sont passés par là. Véritable ovni pop dont le statut d’icône repose sur sa gloire fulgurante et éphémère d’antan, marquée d’un sceau, ainsi qu’une place de choix croissante dans le cœur de la communauté homosexuelle : ses fidèles vouent leur culte dans l’indéboulonnable espérance de voir ressusciter la Britney des années 2000 – hélas, de toute évidence éteinte – ainsi qu’au travers d’une empathie dévouée, portée davantage sur le parcours de vie de la femme, que de l’artiste.

 

 

Lewis