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La chanteuse à la sortie de l'hôtel Peninsula, à Paris, en juin 2015.

Avant les robes pailletées craquées en direct à la télévision, les retouches photos outrancières, les régimes à gogo ou encore le nouvel an cauchemardesque, Mariah Carey brillait d’une place de choix parmi la trinité sectaire des beugleuses briseuses de vitres, à l’instar d’une Whitney Houston ou d’une Céline Dion. Après trois décennies privée de l’anonymat, Mariah Carey aurait vendu à ce jour près de 270 millions d’albums, un nombre la sacrant troisième plus grande vendeuse de disques de l’Histoire sur le podium de l’industrie musicale, pas loin derrière Madonna et Nana Mouskouri. Auparavant, quand elle n’était pas encore cette « famille Kardashian en une personne » qu’on connaît aujourd’hui - comme la surnommait Alice Pfeiffer dans un article du magazine Antidote – l’interprète d’Emotions rimait d’abord avec les nombreuses distinctions dont elle a été lauréate avant de flirter plus fréquemment avec le premier rôle d’un feuilleton mettant en scène une succession de frasques burlesques, faisant les choux gras des tabloïds. L’artiste détenant le plus de titres n°1 aux Etats-Unis – à raison de 18, à ce jour – jusqu’à détrôner le monumental Elvis, a surtout suscité un succès majeur durant la décennie 90 dont elle a d’ailleurs été sacrée chanteuse la plus populaire au pays de l’Oncle Sam par le magazine Billboard.

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Mariah Carey, lors de la cérémonie des Grammy Awards en 1991.

Dotée d’une voix phénoménale à cinq octaves, dont la note la plus aigue n’est audible que par les dauphins – ce qui lui vaut une place dans le Guinness – la chanteuse ponctue la première moitié des années 90 prise sous l’aile de Tommy Mottola qui fera d’elle sa poule aux œufs d’or au cœur d’un mariage carcéral, avant que sa diva prenne la fuite dans de premières tentatives d’émancipation. Pressant le citron jusqu’à la dernière goutte, Mottola réussit son coup et fait s’écouler de façon astronomique les disques du diamant qu’il polit, dont Music Box, album le plus vendu de la chanteuse, encore à ce jour. « Libérée, délivrée » après l’échec de ce mariage, Carey fait un virage croissant vers le RnB, notamment grâce à la parution du disque Butterfly et un rapprochement auprès de la scène rap US ; une patte musicale qui ne la quittera ensuite plus, puisqu’elle en constituera l’une des pionnières acclamées, tout en continuant de se démarquer de par sa voix réputée.

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Sur scène avec Aretha Franklin, en 1998.

Si elle est depuis 2014 considérée comme la plus grande pop star de l’Histoire par le Time, il est loin le temps où les badauds massacraient sa reprise d’Harry Nilsson et où One Sweet Day battait le record de semaines consécutives au sommet du Billboard Hot 100, où celle-ci enregistrait un duo avec Whitney Houston, et partageait la scène avec Diana Ross, la désormais regrettée Aretha Franklin ou encore Patti LaBelle ; si la chanteuse est restée populaire sur le sol américain entre des vents de nostalgie poussés à coups d’ultrasons et d’Always Be My Baby, épaulés par ses confrères entonnés, cette dernière oscille avec les railleries des internautes sur ses prises de poids jusqu’à sa récente opération pour fondre comme neige au soleil, ou sur ses prestations déconcertantes à Sin City dans le cadre d’une résidence façon Céline, dont l’une est devenue un meme sur la toile. Quand est-ce que la chanteuse au corps en forme de sablier a perdu pied ? Peut-être en 2001, au moment de l’échec de l’ambitieux Glitter, que Carey défend sur deux fronts : cinématographique et bien sûr musical, puisqu’elle soutient également la bande originale du film ainsi nommé, tant d’aspirations pâtissant du deuil ambiant suscité par la tragédie du World Trade Center et de premiers déboires personnels dans la vie privée de l’interprète de Hero, ou encore des commentaires assassins dont son long-métrage fait l’objet. Par la suite, la coqueluche de l’Amérique tente un rebondissement avec Charmbracelet, opus pour lequel elle s’implique considérablement avant d’œuvrer à un retour retentissant porté par The Emancipation of Mimi dont le single We Belong Together connaît notamment un succès important, sacré chanson de la décennie 2000, toujours par le fidèle Billboard.

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Aux côtés de Snoop Dogg, dans le clip Say Somethin'.

Après l’affranchissement du joug mottolien, le personnage de Carey s’esquisse de manière fulgurante, à mi-chemin entre le dessin animé et l’œuvre d’un caricaturiste, cette « bimbo-Castafiore » aux poses lascives et outrancières horripile autant qu’elle amuse là où sa notoriété des années 90 continue à faire scintiller son patronyme. En 2008, Touch My Body, extrait de son premier album « post-comeback », single conçu comme une sorte de farce misant sur l’autodérision devient son 18ème numéro au Billboard Hot 100 ; c’est peut-être à cette époque que l’archétype satirique qu’elle campe à son insu commence à faire de l’ombre à son héritage musical, là où la presse de bas-étage relaye par exemple ses régimes médiatisés, qu’elle brandit comme des trophées. À l’approche de son quarantième printemps, Carey publie Memoirs of an Imperfect Angel accueilli en demi-teinte à l’heure où l’opinion publique s’amuse de la bimbo avide de jeunisme à l’organe de cantatrice qu’elle incarne ; puis c’est possiblement au passage à la nouvelle décennie que le cirque Carey hisse son chapiteau. Quand elle ne fait pas la une pour « faire la promotion de son nouveau régime », elle intègre le jury du célèbre télé-crochet American Idol où elle remplace le temps d’une saison, J-Lo, sa rivale qu’elle abhorre, pendant que le public glousse face à ses prises de bec télévisuelles avec Nicki Minaj ou du renouvellement de ses vœux de mariage avec Nick Cannon à Disneyland, façon Cendrillon des temps modernes. Profitant de son exposition médiatique grâce à sa présence dans American Idol, la chanteuse lance #Beautiful, premier extrait d’un disque à venir – il s’agira de Me. I Am Mariah... The Elusive Chanteuse – qui reçoit d’abord un accueil optimiste de la part des critiques et du public. Hélas, la sortie de l’imminent album est repoussée à maintes reprises, entre autres des suites de différends avec sa maison de disque avant de paraître enfin dans une indifférence plutôt générale bien que salué par la critique musicale. Puis une tentative de reconquête avec le lancement d’une résidence à Las Vegas à l’instar d’une Britney Spears, qui coïncide avec la parution d’un best-of timide éponyme à l’intitulé de son show - #1 to Infinity. Peu à peu, ce projet alterne entre agréables surprises au bonheur des fans et prestations embarrassantes sur lesquelles les médias capitaliseront.

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Dans les rues new-yorkaises, en mai 2016.

Malgré la dégradation de son image publique, la diva devenue caricaturale à souhait continue de sillonner les routes amassant plus ou moins les foules, notamment dans le cadre de sa tournée baptisée The Sweet Sweet Fantasy Tour où Carey s’attire, dans un clivage désormais coutumier, les éloges de ses admirateurs ou les médisances au sujet des nombreux playbacks masquant les dégâts de sa voix. Parallèlement, la série de concerts sera également le théâtre de frasques au sein d’une téléréalité calamiteuse baptisée théâtralement Mariah’s World où Carey exacerbe jusqu’à l’hallucinogène la caricature qu’elle campe avant de clôturer son année 2016 sur le déferlement de railleries accompagnant sa prestation ratée à Times Square, lors de l’émission annuelle de Dick Clark, célébrant le nouvel an. Si l’on a tendance à l’oublier aujourd’hui, bien que sa résurrection traditionnelle à chaque hiver sur l’air d’All I Want For Christmas Is You soit l’occasion pour elle de redorer son blason, la contribution ainsi que l’impact de Mariah Carey dans le paysage musical est considérable, d’une part grâce aux records et récompenses qu’elle s’est attirée, mais également par son influence sur les générations d’artistes postérieures et la source d’inspiration qu’elle représente. En effet, nombreux sont celles et ceux à la citer parmi leurs références non loin derrière la grande Whitney Houston : de Beyoncé et Rihanna, à Erykah Badu en passant par Mary J. Blige et Christina Aguilera.

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Avec Whitney Houston, en duo phare de When You Believe, aux MTV Video Music Awards en 1998. 

Lewis