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Synopsis : Saint-Pétersbourg, 1917. Comment l'impératrice Marie et sa petite fille Anastasia vont être sauvées du funeste sort, provoqué par la revolution, qui s'abat sur la famille impériale, par un jeune employé de cuisine : Dimitri. Mais le destin les sépare une nouvelle fois. Dix ans après la chute des Romanov, une rumeur persistante se propage : la fille cadette de l'empereur serait encore en vie...

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Aveu de tricherie réitérée : à l’instar de Pocahontas 2 : Un monde nouveau que j’avais congédié dans l’avant-dernier numéro des VISIONNAGE[S] POST-ENFANCE ; je n’ai pas revisionné le film dont je m’apprête à parler pour la première fois depuis l’enfance ; néanmoins je l’ai découvert en ces temps, et ce dernier peut volontiers candidater sans rougir au panthéon des longs-métrages qui, à l’instar de l’élixir des vignerons, suscite une extase à la croissance analogue à celle de l’âge. À l’instar d’une flopée de confrères, ma découverte de l’Anastasia canonisé de la Fox Animation Studios a probablement eu lieu lors de l’une de ces emblématiques après-midis, couvé chez ma grand-mère maternelle entre gaufres flamandes et jus à l’orange acidulé ; avant que ce dernier ne me soit coutumier durant l’enfance puis à travers de pubères redécouvertes.

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Propulsé dans les salles obscures à la fin des années 90 en figure de proue d’un studio né pour déclarer la guerre à son rival rongeur couronné d’un succès titanesque durant la même décennie – plus tard baptisé la fameuse Disney Renaissance, renvoyant à ce triomphe : Anastasia reste le chef-d’œuvre d’une maison à la disparition prématurée, avant une résurrection à la fin des années 2000. En bonne et due forme, Anastasia s’approprie la nomenclature Disney - de la niaiserie d’une romcom « princess-friendly » à l’omniprésence musicale façon Broadway, en passant par exemple, par une théâtralité à toute épreuve. Écartant un énième emprunt aux inébranlables fables occidentales, la Fox Animation Studios a l’ingéniosité de transformer une page d’Histoire russe en néo-Cendrillon à coups de manichéisme saupoudré d’infidélités historiques éhontées - « passons ».

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Outre son je-m’en-foutisme quant au respect du véridique, Anastasia est un joyau aussi rare que précieux arrivant à se distinguer malgré son évidente quasi-duplication des gimmicks du mastodonte Disney. Sa force ? Son charme ainsi que sa beauté incommensurables. Si l’on se laisse gagner d’une indulgence mimant le trio des singes de la sagesse quant à une indéboulonnable niaiserie édulcorant tout sur son passage, laissant dans l’ombre une romance conventionnelle où seule une palpable tension sexuelle aux allures subversives - pour qui adhère naïvement à la légende urbaine prônant que le cinéma d’animation est restreint à l’intérêt d’un public enfantin - captive davantage, pour attendrir le spectateur face à la blessure d’une impératrice arrachée à sa petite fille, à la fourberie de la supercherie de Vladimir et du beau à damner, Dimitri.

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Plus que l’enfantine fable à laquelle on peut étroitement la cantonner, la magie de cette merveille signée Gary Goldman réside dans l’expérience visuelle extatique qu’elle incarne ; où l’animation aux allures rotoscopiques – à l’instar de Blanche-Neige et les Sept Nains ou Cendrillon chez Disney, pour ne citer qu’eux – qui trouble d’abord, de par ses personnages aux traits d’une mouvance étonnante, peut-être outrancière ou excessive dans un premier lieu : avant que cette vraisemblance du mouvement, cette manière de s’intégrer aux décors – qu’on croirait tantôt échappés des toiles de Watteau quand ils ne réveillent pas le pointillisme le temps d’une séquence parisienne où l’un charme enthousiasmé crédibilise la peinture caricaturale et stéréotypée de cette capitale -, cette volonté réaliste dans la vie donnée à cet éventail de protagonistes inclut le spectateur dans cette fresque russe enchanteresse.

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Là où Raspoutine, antagoniste sous acide et burlesque à souhait vole une hilarité jubilatoire, la musique de Newman, quand ce ne sont pas la grâce des chansons, notamment Loin du froid de décembre immortalisée dans les mémoires en reviviscence onirique d’un bal russe à l’instar de l’incandescente séquence du cauchemar où les instruments et chœurs, ensorcellent, incarnant potentiellement à elles seules le sortilège enivrant opéré par l’esthétique du métrage. Risquant l’incrustation d’images de synthèse après leur manifeste dans le paysage de l’animation avec Toy Story en 1995, Anastasia sublime l’animation 2D au point que son scénario deviendrait presqu’accessoire puisqu’il livre un florilège extatique où la moindre séquence est un cadeau au seul des sens capable de contempler.

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Délaissant la rondeur graphique de l’école Disney pour privilégier des visages plus anguleux dévoilant des failles en miroir aux nôtres, entre autres, sur une héroïne transgressant le modèle de la nunuche de l’empire aux grandes oreilles, allant jusqu’à sauver à son tour celui étant venu la délivrer, clôturant 90 minutes d’émerveillement sur une note subversive : la richesse d’Anastasia n’estréductible au statut de « Disney contrefaçon d’exception », elle en est une véritable révision.

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Lewis